Récit d'intervention 5

Aurèle

Aurèle est arrivé au Gîte les mains vides, avec seulement son linge sur le dos. Il n’avait pas de pièce d’identité, ni de carte d’assurance maladie ni d’assurance sociale.  Au milieu de la quarantaine, Aurèle avait le profil d’un itinérant de longue date. Dans ce temps-là, l’intervenant qui l’accueille prend sa déclaration orale et inscrit son nom, sa date de naissance et l’insère dans le fichier SISA. Aurèle a un passé de toxicomane : il prend du crack, des pilules, de la cocaïne et aussi de l’alcool.

Côté psychologique, les intervenants apprennent qu’il a un côté bipolaire. Lorsqu’il arrive au Gîte, il a de grands projets dont celui de suivre une thérapie.  Damien le prend en charge. L’intervenant du Gîte prend ces informations orales et les soumet à une avocate de l’aide juridique avec laquelle les intervenantes ont tissé un lien de collaboration très précieux.  En effet, cette avocate fait les démarches nécessaires et authentifie les renseignements écrits sur une formule à cet effet. D’abord, Damien guide Aurèle dans la récupération des cartes d’assurance. Pendant ce temps, Aurèle fait du bénévolat au Gîte : il balaie le plancher de la cafétéria, il nettoie les tables, etc. Il est demeuré environ deux mois et demi au Gîte.

Pendant de ce temps, Damien part à la recherche d’un centre adapté à l’état d’Aurèle. Qu’il en a contacté des organismes communautaires! Qu’il en a fait de téléphones et échangé des télécopies! À la fin, après avoir fait le tour de beaucoup d’organismes, Damien finit par dénicher un centre où Aurèle pourrait demeurer et soigner sa maladie.  Il a récupéré ses cartes et il peut maintenant se présenter à ce centre de réhabilitation.  Il se retrouverait avec d’autres malades de son état. Durant le temps où il est demeuré au Gîte,  l’implication et la sincérité d’Aurèle ne font pas de doute. Pourtant, la veille de son départ pour le centre, il part au milieu de la nuit.

Craignait-il de devoir cesser de se droguer? C’est possible car ce centre allait probablement lui demander de s’abstenir. Il pouvait continuer de satisfaire ses besoins de drogue au Gîte d’où il pouvait s’évader, mais pas au Centre. Était-il devenu tout à coup méfiant? C’est une attitude qu’on rencontre souvent chez les itinérants d’habitude. Est-ce que l’admission à ce centre représentait un trop gros pas pour lui? C’est difficile à dire : Damien ne peut répondre à ces questions. Chose certaine, ce départ soudain a surpris Damien.

On n’a pas revu Aurèle depuis un an.

Hiver 2015