Récit d'intervention 4

Régent

Régent vient de Montréal. Lorsqu’il arrive au Gîte, avec son sac à dos, il est au milieu de la vingtaine. Il proviendrait d’une famille à l’aise avec laquelle il s’est brouillé depuis plusieurs années; depuis, tous les contacts sont rompus et il ne veut rien savoir des membres de sa famille. La rupture s’est produite lorsque Régent a commencé à se droguer et sa famille n’a pu l’accepter. Il est devenu le mouton noir de la famille. Jusque là, à ses dires, il s’était raisonnablement bien entendu avec sa famille. À cette époque, il avait entrepris des études de niveau collégial. Il avait donc des ressources personnelles. Il ne prend pas de drogues dures : toutefois, avec le temps, il a commencé à fumer et à boire de plus en plus. Il a passé un an au Gîte.

Un été, il a réalisé qu’il se droguait de plus en plus souvent, surtout avec du speed. Plus l’été avançait, plus il devenait triste. Il essayait de se trouver de l’emploi mais ça ne marchait pas trop et il se décourageait. Il a commencé à penser que s’il restait à Gatineau plus longtemps, il courait à sa perte. Il voulait partir ailleurs, retrouver l’horaire d’un travailleur ordinaire et contribuer à la société. Dans son idée, il devait partir parce qu’il se rendait compte qu’il dégringolait. Dans ce temps, les usagers qui voulaient réaliser un projet pouvaient demeurer jusqu’à trois mois au Gîte.  Régent a sauté sur l’occasion et a formulé le projet d’aller voir du pays et de changer de vie. Bianca a été l’intervenante qui l’a accompagné dans la réalisation de ce projet. Son projet comprenait deux aspects : se chercher et se trouver un emploi de journalier, et épargner l’argent gagné.

Ce ne fut pas facile. Tout d’abord, il devait se lever chaque matin pour aller se présenter à une agence de placement privée. Cette agence recueille les demandes d’emploi de différents employés et les transmet à un employeur qui se cherche un travailleur. La durée de cet emploi varie, allant d’une journée à quelques semaines. C’est un emploi à temps partiel. Toutefois, fait à souligner, il ne suffit pas de se présenter pour obtenir un emploi : un chômeur peut se présenter et faire chou blanc.  Ensuite, Régent devait épargner l’argent gagné. Soulignons que comme assisté social, il avait le droit de gagner 200$ par mois.

Il lui a fallu conserver le moral et ne pas se décourager. Bianca l’a encouragé dans ces moments de découragement.  Ensuite, il lui est arrivé de ne pas se lever le matin et de manquer peut-être une journée de salaire. Il lui est arrivé aussi de fêter un peu fort et de sauter son lundi. Bianca le poussait lorsqu’il le fallait mais elle le défendait aussi : elle conservait l’espoir qu’il réussirait. Elle lui donnait une chance.

De fait, en trois mois, il a réalisé son projet. Avant de partir, il a payé ses contraventions. La plupart des itinérants écopent d’amendes pour vagabondage, flânage, pour avoir traversé la rue illégalement, etc. Avant de partir, Régent s’est mis en règle avec les services policiers pour ne pas être poursuivi plus tard. Ensuite, il s’est acheté un billet d’avion pour reprendre sa vie en main : il a été tout heureux de le montrer à Bianca.

On ne l’a pas revu depuis un an.

Hiver 2015