Récit d'intervention 3

Marc-André

Yasmine, intervenante d’expérience, prétend que depuis quelques années, les usagers présentant des problèmes de santé mentale se sont multipliés au point de représenter les deux tiers des personnes qui cognent à la porte du Gîte. Marc-André est un exemple.

Marc-André a quarante ans. On sait peu de choses de sa vie antérieure car il n’en parle pas. A-t-il déjà été hospitalisé? On sait qu’il a fait de courts séjours  au Centre hospitalier Pierre-Janet mais pas plus. Lui a-t-on diagnostiqué une maladie mentale? Doit-il prendre des médicaments? On ne le sait pas. Il souffre de psychose mais selon un cycle qui se déclenche lorsqu‘il se drogue. Lorsqu’il reçoit son chèque d’aide sociale, durant la semaine qui suit, il se drogue. Ensuite, il passe environ une semaine à redevenir lucide. Durant les deux dernières semaines du mois, avant de recevoir son chèque au début du mois, il va mieux.   Dans ses moments de lucidité, il parle, il est gentil, voire séducteur.  Les deux semaines avant de recevoir son chèque, il fait des projets : dès qu’il recevra son chèque, il va se trouver un logement, il est tanné de passer l’hiver dehors, etc.

Selon son état, il change de nom. Lorsqu’il est à jeun, il se fait appeler Marc-André Lorsqu’il est drogué, il se fait appeler de différents noms. Il va d’une crise à l’autre. Il a conservé des liens avec ses sœurs, surtout une à qui il parle souvent, surtout lorsque ça va mal.

Une nuit, Yasmine est la seule intervenante. Marc-André arrive sonne à la porte. Comme Yasmine le connaît, elle lui ouvre la porte; c’est l’hiver, ce n’est pas le temps des grands froids mais, quand même, ce n’est pas chaud dehors. Il entre et dit qu’il veut aller à la salle de bain. Toutefois, il passe par le corridor où le linge est suspendu et il prend une pleine brassée de différentes pièces de vêtements : chemises, gilets, jeans. Lorsque Yasmine lui pose des questions, il répond par des grognements. À un moment donné, il pousse un cri qui fait sursauter Yasmine. «Tu fais mieux de sourire», qu’il lui dit d’un air menaçant.

Il se rend dans l’entre-porte, car Yasmine l’empêche de sortir en fermant la porte automatiquement à partir du poste de veille. Il amène des étagères et commence à plier le linge, comme s’il était dans sa chambre.

Il ne veut pas sortir et n’écoute rien. Yasmine lui offre le choix : il s’en va ou il va se coucher dans la chambre qui lui a été assignée. Il a la mèche courte et il peut se battre. Il continue de s’obstiner et il est expert en intimidation : dans sa phase psychotique, les usagers le craignent et les intervenantes aussi.  Au bout de deux heures et demie de discussion, alors qu’il n’y a pas moyen de lui faire entendre raison, Yasmine décide de faire appel à la police qui l’amène et il est incarcéré.

On ne l’a pas revu depuis un bon moment et on ne sait pas ce qu’il en est devenu.

Hiver 2015